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HISTOIRE SANS FIN...
Publié le vendredi 1er décembre 2006

Ce texte retrace l’expérience d’un animateur qui travaille au sein de l’association depuis 1979.Il a été rédigé en 2001 à l’occasion des 25 ans du FAR

Vingt deux années passées au FAR, presque la moitié de ma vie, ne confèrent aucun label de vérité absolue à cet écrit. Simplement, à travers la mémoire des “anciens”, parfois défaillante, sûrement sélective, il faut bien tenter de donner une cohérence à cette miette d’histoire d’une poussière d’humanité.

C’est un (beau, forcément) jour d’août 79 qu’une annonce trouvée à l’ANPE me conduit au Foyer d’Accueil et de Reclassement (on ne dit pas encore Réinsertion). Le foyer est situé en bordure de la zone industrielle nord , coincé entre une usine de béton et la voie ferrée. Je suis convoqué un jeudi pour un entretien avec “l’équipe” alors composée d’une petite douzaine de membres. Les réunions se tiennent dans la salle télé. Il n’y a pas de tables. Personne ne prend des notes et aucun compte rendu n’est rédigé. Les salariés sont installés dans des fauteuils simili cuir bas de gammes, décousus par endroits, et qui fleurent bon Emmaüs. A intervalles plus ou moins réguliers, la quiétude de la réunion est troublée par le passage du train à proximité. Peu de questions sur mes motivations vis à vis d’une profession que je n’ai pas vraiment choisie. J’ai 25 ans mais j’en parais 20 tout au plus, ce qui n’est pas un avantage aux yeux de mes futurs collègues ou des adultes que je vais devoir “réinsérer”. La veille, j’ai passé une soirée au contact des “résidents”. Rite initiatique, passage obligé pour tout postulant au FAR. C’est alors la découverte d’un monde dont on ignore tout avant de l’avoir rencontré. Étrange confrontation avec ces gueules édentées, ces traits vieillis trop tôt, ces tenues vestimentaires de bric et de broc, élimées.

Mais ce qui m’étonne, c’est l’accueil direct, presque chaleureux, réservé au petit nouveau par cette population “marginale” que l’on ne dit pas encore “exclue”. Je n’ai plus souvenir des questions qui m’ont été posées lors de l’entretien collectif. Les critères de sélection sont alors peu définis et c’est plutôt au “feeling” que l’on recrute les salariés. Cette façon de procéder va perdurer longtemps, avec ses avantages et ses inconvénients. Le diplôme n’est pas déterminant et d’ailleurs, à cette époque, peu de salariés en possèdent un. Ce qui compte, c’est l’expérience. Mais pas forcément dans le domaine des “sciences de l’éducation”. Un passé riche en “vécu” a autant de valeur aux yeux de l’équipe qu’ un diplôme acquis au sortir du lycée. J’ai su plus tard que Dominique CASTAGNET, alors responsable de l’établissement, avait soutenu ma candidature eu égard à mes supposées compétences théoriques dans le domaine de l’autogestion.

Car le FAR, c’est avant tout l’autogestion. En cette fin d’été, la parenthèse enchantée des années 70, où tout semblait possible, se referme. Mais presque personne ne s’en rend compte. Et surtout pas ceux qui, à l’image du responsable d’alors, ont trempé dans toutes les luttes (on dirait aujourd’hui les “mouvements sociaux”) qui ont émaillées la décennie : Malville, le Larzac, le droit à l’avortement et la contraception et bien sur LIP avec le lumineux slogan inventé par ses salariés en grève : ” on produit, on vend, on se paye”.

Les “pionniers” du FAR sont largement influencés par cette idéologie que les grincheux de toute sorte appelleront bientôt, avec un soupçon de mépris, soixantehuitarde. Ils pensent “autogestion” comme d’autres pensent “plan de carrière”.

Lors de l’ouverture en juin 76, le Conseil d’Administration bien pensant nomme imprudemment Dominique Castagnet responsable pour diriger les salariés du FAR. Mais ce dernier n’en a pas l’intention. Il préfère le débat et la décision collective à l’exercice d’un pouvoir solitaire et hiérarchique. C’est un “partageux” qui, comme il le dit , “fricote avec l’extrême gauche”. Il a dirigé pendant trois ans une communauté Emmaüs. Il énonce et applique alors quelques principes simples :
- le Conseil d’Administration délègue le pouvoir de direction à l’équipe gestionnaire.
- les salariés embauchés ont tous le statut d’animateur.
- le salaire est le même pour tous.
- les décisions, aussi bien celles concernant les résidents que celles concernant la gestion de l’établissement se prennent au cours de la réunion hebdomadaire de l’équipe. Il écrira plus tard qu’il a pris au sérieux les préceptes de l’abbé Pierre : “Devant toute humaine souffrance, emploies toi non seulement à la soulager sans retard mais aussi à en détruire les causes”.

Le conflit avec le CA est presque immédiat. Lorsque j’arrive en 1979, les “vieux” me racontent avec malice comment, profitant du flou des statuts de l’association, les salariés prirent le pouvoir au cours d’une assemblée générale épique, Le nouveau Conseil d’Administration dont le noyau est constitué de gens plus proches des préoccupations des salariés comprend, outre les membres de droit (Mairie, CCAS, comité de probation, Secours Catholique) nombre de militants de la CFDT. Les salariés disposent de six sièges, ce qui est non seulement une minorité confortable sur le papier, mais devient souvent une majorité des participants aux assemblées. Le CA ne dirige pas. Ce n’est pas lui qui définit la politique de l’association. Il a un rôle consultatif et de soutien. En cas de blocage, le conflit se règle souvent par la démission du Président. De fait, l’association sera constamment ballottée entre le désir des adhérents d’avoir un vrai CA et la crainte de l’équipe de voir son pouvoir lui échapper.

Rappelons le : se réclamer de l’autogestion dans ces années là est plutôt dans le vent.

La CFDT, dont tous les membres de l’équipe sont alors adhérents, a beaucoup contribué au développement de ces idées. Edmond Maire et son équipe mettront une décennie pour normaliser la centrale syndicale et expulser ceux qui contre vents et marées restent attachés à ce concept.

Les idées, c’est bien mais la pratique, c’est une autre affaire. Concernant le fonctionnement, peu de règles sont écrites. Le légendaire partage des salaires se pratique de la main à la main. Un salarié est chargé de répartir au franc près la masse salariale disponible entre tous les animateurs, indépendamment de la grille indiciaire et de l’ancienneté acquise dans l’établissement. La recherche de l’égalité absolue ne tolère aucun compromis.

Nous nous plaisons à répéter, avec fierté, qu’au FAR, il n’y a pas de directeur. Pour autant, le responsable administratif reconnu par le CA et la DDASS n’est à l’époque pas élu par ses pairs. Ses compétences en comptabilité et en gestion, acquises en grande partie “sur le tas”, son aura de “créateur” lui assurent une inamovibilité tacite qui deviendra source de conflit au fil des ans.

Une telle organisation suppose un fort consensus au sein des salariés. Aucune règle juridique ne contraint une personne à renoncer à une partie des revenus auxquels son diplôme lui donne droit. De la même façon, rien dans le code du travail ou la convention collective ne peut obliger un responsable reconnu par l’autorité de tutelle à abandonner le pouvoir hiérarchique que lui confère son statut.

Les premiers salariés qui contesteront le système se verront mis à l’index et plus ou moins gentiment poussés vers la sortie. Mais rapidement et sous peine de se trouver confronter à des conflits douloureux ou des batailles juridiques à répétition, il fallut légiférer.

Un accord d’entreprise est signé entre le Président du CA et la section syndicale CFDT légalise le partage des salaires : les primes de nuit ainsi que celles de dimanche et jours fériés sont réparties équitablement entre les salariés ; une prime de ponctualité assiduité représentant 7,5% de la masse salariale est répartie de façon inversement proportionnelle à l’importance de l’indice de base (déterminé par le diplôme et l’ancienneté), lequel n’est plus repartagé. Celui dont l’indice est élevé ne perçoit qu’un franc alors que le montant de cette prime peut s’élever à plusieurs milliers de francs pour le non diplômé. Ainsi s’opère non plus l’égalité parfaite entre les payes, mais une tendance à la péréquation, puisque la différence entre la rémunération la plus haute et la plus basse oscille aux alentours de 1500F, avec un fort contingent de salaires rigoureusement égaux.

Cela permet de plus d’avoir des bulletins de salaires conformes à la réalité de la somme perçue. Un règlement concernant l’ élection des responsables et la rotation des postes est élaboré et soumis à l’équipe par Mélisande RAYMOND.

Le responsable administratif, le comptable, seront élus pour une durée de deux ans renouvelables une seule fois. Un premier tour indicatif a lieu sans candidature préalable. Les “pressentis” ont alors quinze jours pour faire officiellement acte de candidature ou décliner l’offre. Survient alors le scrutin proprement dit. Il faut obtenir la majorité des deux tiers pour être élu au premier tour. En cas de deuxième tour, seuls les deux candidats arrivés en tête peuvent se maintenir. L’heureux gagnant est alors désigné à la majorité simple. Tous les salariés absents doivent être prévenus de la date du vote. Ils peuvent laisser un pouvoir. Quelques années plus tard (1989), une charte de fonctionnement, sorte de règlement intérieur officialisera les usages concernant des domaines aussi divers que les congés, les sanctions, les relations avec le CA, etc...

Être élu responsable ne donne droit à aucun avantage particulier ni pécunier, ni en terme de pouvoir hiérarchique ou d’un quelconque droit de véto sur les décisions de l’équipe. Pendant la durée de leur mandat les responsables ne sont pas détachés de ce qu’on appelle dans le langage maison “travail éducatif”. Même s’ils font moins de nuits , ils assurent comme leurs collègues des gardes de week-end . Enfin, ils sont soumis à des bilans réguliers et sont révocables à tout moment par l’équipe.

Rappelons qu’à l’époque, peu de salariés ont les compétences techniques pour assurer la gestion d’un établissement dont le budget annuel est déjà de plusieurs millions de francs. Le principe de non spécialisation dans les tâches, l’absence de formation, le fait que nous ayons décidé de nous passer de personnel de ménage, oblige tout un chacun à un minimum sinon de compétence, du moins de bonne volonté.

Tour à tour nous nous fîmes comptable, gestionnaire, conseiller prud’hommes, factotum, négociateur, syndicaliste, assistant social...

De l’ouverture du FAR jusqu’au début des années 80, les conditions de travail sont difficiles. Dominique CASTAGNET raconte : “A l’époque en juin 76, on est deux pour faire fonctionner un centre d’hébergement 7 jours sur 7. Seul le bâtiment d’accueil est ouvert”. En octobre quand le grand bâtiment (dit reclassement) ouvre ses portes, ils sont six salariés, neuf en décembre. la première année, les animateurs passent quelquefois plusieurs jours d’affilée dans l’établissement. “On travaille 200 heures par mois, pas d’heures supplémentaires payées”. Tout est à organiser, à inventer.

Le service de week-end dure 48h. Du samedi matin 8h jusqu’au lundi matin non stop. Les amplitudes horaires des autres “tranches” dépassent très souvent les quinze heures. Un système d’équivalence inscrit dans la convention collective autorise le non paiement d’une partie des heures de nuit. De 23h à 6h, seules les 4 premières heures sont comptabilisées. Le temps de présence hebdomadaire est en moyenne de 45h payées 40H.

Le début de la décennie 80 connait une amélioration sensible. Après la victoire de la gauche, en 81, les CHRS sont dotés de moyens supplémentaires et des postes créés. Le FAR obtient deux temps pleins. Deux nouveaux accords d’entreprise sont signés :
- l’un portant sur l’octroi des “six jours trimestriels”
- l’autre portant sur la mise en place des 35h.

Quelques années plus tard, une nouvelle interprétation de la convention collective, renforcée par deux arrêts de la cour de cassation, permet de payer intégralement les heures de nuit. L’accord sur les 35h, unique à l’époque, occasionne de nombreux débats à l’intérieur du CA et entraîne la démission du Président qui ne veut pas prendre la responsabilité de mettre l’association en danger. Car cet accord, comme tous les autres, ne reçut jamais l’agréement du ministère. Notre législation interne demeurait malgré tout fragile et soumise à la contestation de la DDASS ou... des salariés.

Les premières années, la pédagogie, le travail éducatif font l’objet de peu de délibérations. Une partie importante des accueils se fait pour une courte durée. La possibilité de passer deux ou trois nuits au chaud, de manger à sa faim, suffit à permettre à ces passagers de repartir vers d’autres cieux. Les routards professionnels ne veulent pas s’installer. C’est du moins ce que croit une partie de l’équipe. Pour ceux qui manifestent la volonté de rester, ils se voient gratifier d’un péremptoire : “huit jours pour trouver du travail”. Vis à vis de l’alcool, c’est le principe de tolérance zéro qui est appliqué. L’influence des compagnons d’Emmaüs se fait toujours sentir. Le résident qui enfreint le règlement est parfois exclu sur le champ. L’idéologie autogestionnaire, libertaire, qui prévaut au sein de l’équipe ne pénètre pas la sphère de “l’éducatif”. Il règne un climat moraliste, culpabilisant, à l’égard de qui ne veut pas s’arrêter de boire, ne cherche pas à se réinsérer.

J’ai largement contribué à conforter ces jugements sommaires en les enrobant de postulats “marxistes” : avec un certain mépris je considérais les résidents du foyer comme un “lumpenprolétariat” dont on ne pouvait rien tirer de bon et aux tendances naturellement fascisantes. L’apport considérable de collègues formés aux “sciences de l’éducation”, sincèrement à l’écoute des personnes accueillies, ou tout simplement moins exigeantes et plus tolérantes à l’égard des faiblesses humaines permit de limiter les dégâts. Mais ils eurent fort à faire face à mes certitudes et mon arrogance de jeune gauchiste.

Fin 80, la fonction de responsable éducatif est créée avec les mêmes conditions d’élection et de rotation que les autres postes. Il a un rôle de coordinateur au sein de l’équipe et de lien avec les autres travailleurs sociaux que l’on ne nomme pas encore “partenaires”. Nous sommes quelques uns à regarder de loin la mise en place de cette nouveauté mal identifiée et pour tout dire suspecte à nos yeux. La psychologie est alors vouée aux gémonies ou tournée en dérision. Autogestion et rotation oblige, j’ai néanmoins occupé ce poste entre 84 et 86 sans, on s’en doute, laisser un souvenir impérissable de mon passage.

Plus le règlement est dur, plus il génère de la violence. C’est la conclusion que nous avons tiré de ces premières années passées à vouloir, comme disaient certains, “redresser les faucilles”. A 25 ans, on ne donne pas de leçon de vie à un vieux cheval de retour qui a connu toutes les galères, toutes les misères matérielles et affectives. Quelques bureaux renversés, une lame bien affûtée promenée sous votre nez, vous apprennent le respect mieux que tous les discours. La violence engendre la peur. Certains salariés viennent au travail l’estomac noué. Dominique CASTAGNET écrit que “l’angoisse lui tordait le ventre quand à 22h untel et untel n’étaient pas rentrés, qu’il y avait neuf chances sur dix qu’ils soient ivre mort, et qu’ils avaient prévenus tout le monde que, ce soir, ils casseraient la gueule de leur copain machin”.

Une majorité de résidents qui restent plus d’une semaine au foyer travaillent. C e public est presque exclusivement masculin. Les fins de semaine sont redoutées. Vendredi, c’est jour de paye et souvent jour de cuite pour ces esseulés aux rares distractions. Les prises de bec sont fréquentes. Les bagarres sont plus rares, mais leur seule perspective suffit à alourdir l’atmosphère des soirées. Pour pimenter le tout, du vin est servi à chaque repas. Mais celui qui rentre “chargé” se voit refuser son quart. Il n’est alors pas content et le fait savoir avec virulence...

Un “bar” servant des bières est également mis à disposition le soir. Un résident se voit confier la vente d’une douzaine de canettes (à prix coûtant !) et doit rapporter l’argent à l’animateur en fin de soirée. De l’avis des usagers, il n’y a jamais assez de bières. De celui des éducateurs, on a déjà bien assez picolé. Curieuse discipline consistant à punir la consommation d’alcool tout en alimentant la source du délit ! Mais trop de dialectique tue la dialectique.

Thème de discussions et de conflits sans fin, l’expérience est définitivement arrêtée en 82. Somme toute, en 25 ans, les agressions physiques contre les éducateurs se comptent sur les doigts des deux mains, avec une seule hospitalisation de quelques heures. Même si, probablement, nous sommes passés parfois très près du drame. Au fil des ans cette violence, plus latente que réelle, ce sentiment d’insécurité comme on dirait aujourd’hui, tend à diminuer sans que l’on sache vraiment si cela est du à la “maturation” de l’équipe, à sa plus grande tolérance, ou à l’évolution des publics accueillis.

L’ année de la pose de la première pierre du FAR (1974) par l’abbé du même nom coïncide avec l’entrée en crise de la plupart des économies du monde occidental. Sans doute n’y a-t-il pas de lien direct entre le “choc pétrolier” et le vote d’une loi qui organise l’aide sociale aux plus démunis grâce à l’ouverture des Centres d’Hébergement et de Réadaptation Sociale (CHRS). Mais à partir de cette date et jusqu’à nos jours, le contenu du travail social comme les outils mis à sa disposition seront déterminés par les soubresauts de l’économie de marché. 1974 sonne le glas des “trente glorieuses”, période de prospérité jamais égalée de l’économie capitaliste. Certes, le patronat ne répartit que les miettes mais elles sont plus consistantes et plus nombreuses. Cette année là, presque personne ne prend au sérieux les hoquets de l’industrie dont les dirigeants envisagent pourtant la mise en place des premiers plans de restructuration. Dès 1976, année de l’ouverture du FAR, des mesures d’accompagnement du chômage (on ne parle pas encore de traitement social) voient le jour avec l’opération “50 000 jeunes” du premier ministre Raymond Barre.

Au regard des TUC, SIVP, et autres MAP qui suivirent, ces premiers stages font figure de véritable aubaine : rémunération égale au SMIC à plein temps, formation qualifiante débouchant presque toujours sur un emploi véritable.

C’est également l’époque bénie où l’indemnisation des chômeurs représente 90% de leur ancien salaire. Mais le monde s’installe dans la crise. L’onde récessive déferle sur tous les secteurs de l’économie, traverse toute les frontières. Vient alors le temps des explications embarrassées : inflation trop forte, dollar trop cher, salaires trop hauts, déficits trop importants, code du travail trop rigide. C’est l’heure de gloire des spécialistes de tout poil dont les analyses ont pour point de convergence une foi inébranlable dans les dogmes de l’économie libérale. Dans cette fin de crise toujours annoncée, mais toujours retardée par de nouveaux obstacles, les licenciements massifs se poursuivent à un rythme effréné. Dans le même temps, les revenus des chômeurs sont sans cesse revus à la baisse.

Un vocabulaire nouveau envahit les médias : ”plan social”, “chômeur longue durée”, “fin de droits”, “nouveaux pauvres”, etc... La crise délite le lien social, met à mal les solidarités construites tant bien que mal entre français et immigrés, entre hommes et femmes, entre jeunes et vieux, entre chômeurs et salariés.

Dans les ministères, les capacités à inventer de nouvelles mesures semblent sans limite : stages de toutes sortes, Contrats emplois solidarité (CES ), Contrat de retour à l’emploi (CRE), Contrats d’insertion, Contrat Initiative Emploi (CIE ), une mesure venant chasser l’autre...

Les 18-25 ans, et parmi eux les femmes, sont les plus durement frappées. On compte, au tournant des années 80, jusqu’à 15 % de cette classe d’âge dans les rangs des chômeurs. La présence de ces jeunes dans les CHRS augmente considérablement à partir de ces années et nécessite une adaptation de l’équipe.. Le travail au FAR s’en trouve profondément modifié. L’obligation de trouver rapidement du travail, les fameux “huit jours”, ne sont plus applicables, si tant est que cette méthode coercitive ait eu une quelconque pertinence. Les agences d’Intérim qui, à la recherche de main d’oeuvre, téléphonaient fréquemment au FAR, font maintenant la fine bouche. Face à l’abondance de la demande, la sélection est impitoyable. Ne reste pour les résidents des CHRS que les missions les plus courtes, les travaux les plus pénibles. L’incapacité des gouvernements successifs à résoudre ou même enrayer le chômage, engendre de multiples réflexion quant à son traitement social. Se créent alors des entreprises d’un type nouveau qui, sous diverses appellations vont se lancer dans la “réinsertion par l’économique”.

Le chômeur devient exclu et, à défaut de lui procurer un travail et un revenu décent, les nouveaux clercs se mettent à le cataloguer, le disséquer, l’encadrer, lui prêter mille et une perversités.

Dans un premier temps le chômeur est soupçonné de ne pas vouloir travailler. Puis, la crise s’étendant, on lui reproche de ne pas accepter n’importe quel travail. Enfin il est déclaré inemployable. Au FAR, le débat est vif entre ceux qui souhaitent investir ce nouveau champ d’action, voire tentent l’expérience d’un atelier intra muros, et ceux qui luttent pied à pied contre ce qu’ils considèrent comme un dévoiement du travail social.

L’ hiver 84 est particulièrement rigoureux. Plusieurs dizaines de SDF, dont deux à Bourg en Bresse, sont retrouvés morts dans la rue.

Quelques associations , dont le FAR, planchent sur la mise en place d’un asile de nuit pour suppléer, pendant la période hivernale, au manque de place dans les CHRS. Ce sera la naissance de Tremplin, financé par un fond spécial appelé “pauvreté précarité” qui sera reconduit les hivers suivants. Personne aujourd’hui ne souhaite se souvenir de la participation du FAR à cette aventure. Pourtant les salariés ont largement contribué, et souvent de façon bénévole, à la mise en place de cette nouvelle structure . Jusqu’à ce que le secours catholique, au moyen d’une OPA inamicale, exige et obtienne la majorité des sièges au Conseil d’Administration. La perte de l’emploi s’accompagne, pour les victimes de la crise, de multiples effets collatéraux : baisse des revenus, renvoi du logement, rupture familiale... De nouveaux dispositifs voient le jour en plus de ceux directement liés à l’emploi.

Dès le début des années 80, nous sommes à l’origine d’un projet de “fond de garanti logement”. Il s’agit de proposer à diverses structures avec lesquelles nous collaborons (CPA , autres CHRS, DDASS, bailleurs sociaux ou privés ) d’alimenter une caisse, gérée de façon mutualiste, permettant d’aider au versement des cautions et de faire face aux impayés de loyer.

Les bailleurs s’engagent à proposer des appartements et les travailleurs sociaux se chargent de l’“accompagnement social” des personnes ainsi relogées. Malheureusement, personne ne joue le jeu : les éventuels financeurs n’ont pas de sous, l’OPHLM ne veut prendre aucun risque avec “ces gens là “, et le CPA n’a pas de personnel. En 1985, nous obtenons une création de poste et créons le “service extérieur”chargé du relogement et du suivi des personnes sortant du FAR. Pour obtenir 3 appartement que nous nous proposions de sous louer à d’anciens résidents, il faut envahir les bureaux des HLM. 

L’aventure du “fond de garantie” tourne court, mais quelques années plus tard le FSL est instauré.

Le classement des pauvres en plusieurs catégories (jeunes, SDF, chômeurs longue durée, femmes, fous, etc...) entraîne la multiplication des réunions interpartenariales à thème, dont la principale utilité semble être d’occuper les travailleurs sociaux. Chaque groupe se voit doté d’une organisation spécifique, censée répondre à tel ou tel problème particulier : Mission locale pour les jeunes, asile de nuit pour les SDF, stages plus ou moins bidon pour les chômeurs, et...précarité pour toutes et tous.

La plus importante de ces mesures est, fin 1988, la mise en place du RMI. Elle provoque au FAR, qui est cellule instructrice, et notamment au sein du conseil d’administration, une série de discussion passionnées. Le I du RMI, son caractère rendu obligatoire par la signature d’un contrat d’insertion, nous semble d’emblée suspect. Nous défendons dès le début l’idée d’un Revenu Minimum Garanti, rejoignant en cela les revendications des associations de chômeurs qui commencent à s’organiser. Pendant longtemps, nous refuserons de signer des contrats sans épaisseur et qui se bornent à quelques lignes concernant le recouvrement de la santé, la recherche d’un emploi ou d’un logement. Nous considérons que le fait de vivre en CHRS entouré et contrôlé par une kyrielle d’éducateurs 24h sur 24 manifeste en lui même une volonté de réinsertion plus forte que l’émargement de quelques mots jetés sur une feuille de papier. Seule la menace de la suppression du RMI pour certaines personnes nous contraindra au remplissage besogneux des formulaires ad hoc.

Mesure anti-crise qui se veut temporaire, le RMI s’installe dans le paysage social pour de longues années et modifie la prise en charge au FAR. On peut maintenant rester longtemps au foyer, même si on ne travaille pas. Avec les nouvelles mesures d’aide au logement on peut être sans le sous et espérer un toit. La recherche d’un logement sur la ville remplace peu à peu celle aléatoire d’un emploi dans les priorités. Cette dernière est cependant rendue difficile par l’attitude de la Mairie (quelque soit la couleur politique du Maire) et des HLM à notre égard. Bien souvent la solution de sortie reste la chambre d’hôtel, le foyer Sonacotra ou ALATFA. Fin 95 la nouvelle politique des HLM et de son jeune Président ,mais également les actions du DAL au sein duquel des salariés du FAR sont fortement engagés, améliorent considérablement la situation : le délai d’attente pour une proposition passe de deux ans à environ trois mois. Les durées de séjour tendent à s’allonger. Accueillir, tisser des liens, offrir un lieu convivial, sécuriser, humaniser, partager des moments chaleureux, vivre avec, tolérer, respecter, comprendre... C’est tout cela que nous nous efforçons de faire au FAR, en plus du reste ! Les exclusions sur le champ n’ont plus lieu que suite à des violences. L’ indulgence, la patience vis à vis de celui qui boit, qui crie, qui impose ses obsessions, bref qui ne se soumet pas au règlement devient plus grande et l’on invente la mise à pied pour éviter les ruptures brutales.

D’un point de vue technique, travailler au FAR demande de se tenir au courant des nouveautés promues par les cerveaux imaginatifs qui peuplent les ministères du logement, du travail, de l’action sociale, de la santé. Notre fonctionnement interne, la non spécialisation, oblige à la polyvalence.

Mais la crise répand aussi ses effets sur la gestion financière de l’établissement. Depuis 1983, l’heure est à la rigueur budgétaire. Elle mettra un certain temps à toucher les CHRS et en particulier le FAR qui a le monopole de l’accueil sur le département. La création de Tremplin en 1984 va, faute de moyens supplémentaires, obliger notre financeur à répartir la dotation du FAR sur plusieurs établissements.

Fin 90, les responsables du FAR sont convoqués par le DDASS qui leur annonce la suppression de deux postes d’animateurs qui seront affectés au “concurrent”.

La riposte est immédiate. Le bureau du directeur est occupé par les salariés. J’ai encore en mémoire le sourire méprisant du conseiller technique lorsque je lui annonçais que mon syndicat avait décidé d’appeler à la grève. Car pour lui, la grève ne pouvait consister qu’en un baroud d’honneur mené par les trois chats pelés d’un syndicat impuissant. Comme dit la chanson, la suite lui prouva que non.

Dès le lendemain, une nouvelle forme de lutte est inaugurée par les salariés. Le square Joubert face à la Préfecture, qui abrite à l’époque les locaux de la DDASS, est envahi par les salariés et les résidents du FAR. Objectif : rester là jusqu’à satisfaction des revendications. Nous ne remettons nullement en cause la nécessité de doter les nouvelles structures qui voient le jour. Simplement nous refusons que cela se fasse sur notre dos.

Pour montrer notre bonne volonté, nous organisons une “manche” en direction des passants afin d’aider le DDASS à boucler son budget. Il apprécie peu l’initiative et refuse le sac de monnaie qu’un résident dépose en offrande sur son bureau. Nous sommes à quelques jours de Noël. Le foyer est totalement fermé. S’il le faut, les résidents dormiront dehors, mais avec une partie des animateurs pour qui il n’est pas question de se réfugier au chaud. Le Conseil d’Administration, Président en tête, soutient l’équipe des salariés. La CGT qui a adhéré depuis peu au CA envoie en renfort le secrétaire de son Union Départementale.

De cette époque date la volonté d’associer les résidents aux actions que nous menons pour la défense de l’établissement. Par conviction ou, proclament les mauvaises langues, par opportunisme, mes analyses changent. Le lumpen devient, sinon frère de misère, du moins quelqu’un qui a, “en dernière analyse”, les mêmes intérêts que moi à défendre le foyer. La mayonnaise prend. Le fonctionnement non hiérarchique empêche un pouvoir indépendant, une autorité incontestable, de trancher dans le vif.

J’écris à l’époque que les salariés du FAR ne sauraient, “à l’image des matelots de la chanson, tirer à la courte paille pour désigner celui ou celle parmi eux qui devrait se sacrifier pour assurer la survie de l’équipage”.

Quatre années de suite, nous sommes contraints de reconduire l’opération. Quatre années de suite, les suppressions de postes sont gelées. Mais quatre années de suite la DDASS revient à la charge. Elle nous reproche tour à tour nos 35h, nos nuits payées, nos six jours trimestriels, nos trop longues réunions hebdomadaires, nos doublures excessives, notre fonctionnement. Il fallu toute l’intelligence de notre responsable administratif , et sans doute un doigt de roublardise, pour jongler avec la procédure budgétaire, les déficits, les dotations à la trésorerie, les autorisations de découvert, les recours gracieux et contentieux.

Il fallut tout l’art de la dialectique de notre responsable éducatif pour expliquer et défendre sans relâche notre travail pédagogique, notre capacité à innover, notre attachement à nos missions, notre place irremplaçable de travailleurs sociaux de terrains, notre volonté d’ouverture.

Il fallut toute l’ingéniosité et le savoir faire de celles et ceux qui sont capables de confectionner un repas chaud pour soixante personnes en un rien de temps, d’écrire et d’imprimer un tract en une heure, de trouver une sono au pied levé, d’ emprunter un marabout au Parti Communiste.

Il fallut l’humour, la solidarité, la convivialité, la confiance, l’imagination. Nous nous comparions volontiers au village gaulois d’Astérix, le chauvinisme en moins. Nous reprenions, hilares, la formule d’Obélix : “on fait une sortie, on leur met des baffes, et on revient boire une cervoise à la maison”. Monsieur VERNY, Directeur de la DDASS jusqu’en 1992, nous appelle alors les “rogneux”. Une seule fois la Préfecture, agacée par le bruit de notre sono et par l’odeur des merguez, nous fit vider par les balourds à képi.

Piètre coureur à pied, je me retrouve pour quelques minutes accroché comme un vulgaire saucisson au portail de la Préfecture. L’ami BOUCHON plus rapide mais solidaire, se laisse rattraper et partage le même sort.

Les autres travailleurs sociaux nous regardent faire de loin et comptent les points. Le fait d’associer d’emblée les résidents à la défense de l’établissement jette le trouble. Les accusations de manipulation se propagent. La DDASS n’accepte la présence des résidents dans les négociations qu’après une échauffourée avec la maréchaussée qui coûta une paire de lunettes. Pour une majorité de l’équipe, il parait naturel d’unir les salariés et les usagers afin de défendre d’un même élan les conditions de travail des premiers et les conditions d’accueil des seconds. Une diminution des postes aurait signifié moins de temps de présence auprès des résidents et plus de fatigue. Tout le monde aurait payé la note.

Des bruits courent sur la place publique le FAR, c’est sûr, va fermer sous peu. Les pronostics vont bon train : un an, deux au maximum. Il est vrai qu’entre 1991 et 1996, la situation financière est plus que critique. Les déficits cumulés atteignent le million de francs pour un budget annuel d’un peu plus de 5 millions. Le découvert bancaire dépasse parfois le montant de notre dotation mensuelle. Les gains obtenus face à la DDASS sont plus politiques que financiers. On nous verse tout juste de quoi ne pas être en cessation de paiement. Nous auto-réduisons nos salaires pour ne pas aggraver le déficit. Nous nous engageons à remplacer les départs par des salariés moins coûteux afin de baisser la masse salariale. Et un jour de mai 1994, à l’issue d’une négociation houleuse, l’inspecteur principal POIROT (ça ne s’invente pas !), sur ordre du Directeur de cabinet du Préfet, signe un document qui est un désastre pour la tutelle : il garantit qu’il est “possible de prendre en compte la proposition de maintien du nombre de poste si cette dernière permet, sur un exercice de douze mois, de tenir dans l’enveloppe allouée pour l’année.” En clair, la DDASS nous écrit noir sur blanc qu’elle accepte notre tableau des effectifs mais sans en assurer le financement. Ce qui est contraire à la procédure budgétaire et entraîne l’heureuse issue des contentieux que nous avions déposés devant la CITSS. Mauvais joueur, le financeur “joue la montre” et le versement des sommes dues n’intervient que fin 1995.

Le foyer non seulement ne ferme pas, mais il est remis entièrement à neuf. Les bâtiments d’accueil et de reclassement n’ont fait l’objet d’aucun travaux importants en 20 ans. Le mobilier est le même depuis l’ouverture. Les chambres ne comportent ni douche ni WC. Les résidents se partagent des sanitaires collectifs.

Un réhabilitation de l’ensemble est réalisée à partir de 1997, suite à la visite de Monsieur LE LIRZIN, notre nouvel inspecteur principal à la DDASS. Un nouveau bâtiment est construit entre les deux existants. Les chambres d’asile de nuit de trois lits sont remplacées par des chambres individuelles.

En 1993, Alain BOUCHON, fouineur impénitent, remarque que l’Hôtel-retaurant du Commerce, situé près de son domicile, a fermé ses portes depuis un certain temps déjà. Après enquête, il apprend que l’affaire a été mise en liquidation judiciaire et que le fond de commerce sera prochainement vendu aux enchères . Une visite guidée avec le notaire convainc une partie de l’équipe que c’est l’outil idéal qui nous permettra de compléter notre mission d’accueil. La vente a lieu un après midi de juillet, à l’hôtel même.

Nous sommes quelques salariés présents, un peu intimidés, et pas très à l’aise dans notre nouvelle fonction d’acquéreur immobilier... Notre responsable est en short et sa tenue tranche quelque peu avec l’assistance des propriétaires professionnels présents ce jour là. La veille, il a reçu le feu vert du Président, Claude BROZZONI, qui passe ses vacances en Corse. Le document est un peu froissé, maculé des éclaboussures du pique nique, mais conforme à la législation. La vente se fait “à la bougie”. Les mises à prix à prix successives durent le temps que met pour se consumer un minuscule cierge allumé par le notaire devant l’assemblée. Si personne ne couvre l’enchère avant l’extinction, celle-ci est diminuée de 25% et l’opération recommence. Par deux fois, la bougie s’éteint sans que personne ne lève la main. La troisième fois, la mise à prix s’établit à 300 000F. Timidement, Bouchon lève le bras et nous retenons notre souffle. La flamme vacille, puis meure. Adjugé ! Nous nous précipitons comme des mômes sur une tablette de chocolat afin de signer l’acte de vente.

Bien sur, nous n’avons pas d’argent.

Juste de quoi honorer les frais notariaux et ainsi obtenir un délai de deux mois pour réunir la somme nécessaire. La nouvelle de l’acquisition de l’hôtel par le FAR se répand comme une traînée de poudre. La presse, mais également l’ inévitable morpion des renseignements généraux, cherchent partout les responsables. L’ouverture de l’hôtel est prévue pour octobre. Les chambres, la cuisine, la salle de restaurant sont déja entièrement équipés car le prix de vente comprend tout le mobilier. Quelques séances de nettoyage viennent à bout des araignées, souris et autres cafards qui s’étaient installés pour passer l’hiver au chaud.

Le plus dur est de trouver des sous. Les banques, c’est bien connu, ne prêtent qu’aux riches. Une partie des salariés se porte garant sur ses propres deniers. Dans le même temps, nous obtenons du ministère du logement une subvention de 1 000 000F. Cette dernière est conditionnelle, c’est à dire qu’elle ne peut couvrir que 50% des sommes engagées. Le complément doit être trouvé par l’association.

Une contribution de la fondation Abbé Pierre (180 000F.) nous permet finalement d’honorer nos engagements. Il faut aussi trouver un nouveau nom. Hôtel du commerce, on ne peut pas dire que ça sonne bien. .Je propose “le temps des cerises”. J’éprouve depuis une joie malicieuse chaque fois que j’entend des gens tellement éloignés de mes idéaux rendre, en prononçant ce joli nom, un involontaire hommage aux combattants de la Commune !

A notre assemblée générale annuelle, l’association FAR qui gère désormais deux établissements devient OSER.

Nous avons énormément discuté au sein de l’équipe sur le fonctionnement de cette nouvelle structure.

Le projet est loin de faire l’unanimité. Certains soupçonnent les responsables et leurs “proches” de se ménager une porte de sortie du FAR, d’autres pensent que le travail à l’intérieur du CHRS suffit amplement à leur bonheur et qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter.

Car du travail en plus, nous en avons.

Auto-financée, la structure ne peut “s’offrir” qu’un seul poste à plein temps. L’embauche d’un Contrat emploi Solidarité permet d’augmenter le temps de présence dans l’établissement. Autogestion oblige, le personnel recruté bénéficie des mêmes avantages que celui du FAR, y compris le CES, qui fut sans conteste le mieux payé de France.

Nous voulions éviter de créer un FAR bis. La loi Besson nous impose une clientèle aux revenus inférieurs ou égaux au SMIC. Des pauvres, juste un peu moins que les résidents du FAR. Les locataires, bénéficient d’une allocation logement mais doivent être en mesure de s’acquitter d’un loyer et de subvenir à leur alimentation. Le public est donc différent de celui d’un CHRS. De fait, les premières années, la plupart des clients sont des salariés précaires, des stagiaires en formation professionnelle, ou des personnes bénéficiant de l’allocation adulte handicapé (AAH). Rapidement cependant l’hôtel devient une solution de logement pour les résidents du FAR.

Le nombre de RMIstes augmente. Un conventionnent ALT nous permet d’accueillir en urgence pour de courtes durées. Des chambres entrent dans le dispositif d’accueil des demandeurs d’asile. L’absence de cuisine collective jusqu’en 1996, contraint les locataires, qui n’ont pour la plupart pas les moyens de manger à l’extérieur, à préparer leurs repas dans les chambres. Celles ci se dégradent rapidement.

Juridiquement, la nouvelle structure n’existe pas. Aucun conventionnement ne nous lie avec un financeur quelconque. Les tentatives pour nous faire reconnaître comme pension de famille, ou pour obtenir un agrément de résidence sociale ont jusqu’à maintenant échoué. Les autorités qui se sont penchées sur le berceau (Mairie, DDASS, DDE) ne sont pas pressées de pourvoir à l’éducation du bambin qu’ils trouvent bruyant et mal élevé. Le corollaire est une absence de toute aide financière pour le fonctionnement. Jusqu’à ce jour, hormis la subvention de l’État, nous avons obtenu 300 000F du conseil régional pour effectuer des travaux de mise en conformité et 20 000F de la nouvelle Mairie pour restaurer la façade. Mais toujours rien pour le fonctionnement.

Nous voulions également que l’hôtel soit un lieu où puissent se rencontrer des personnes d’ horizons et de conditions différents. Notre ambition était d’aider à retisser des solidarités mises à mal par 20 années de crise. L’hôtel devient le siège du DAL, de Ras l’ƒront, d’un comité de chômeurs, d’ATTAC. Des soirées débat sont organisées par des mouvements féministes ou des associations de lutte contre le racisme. Des groupes de rock, quelques troupes de théâtre, des conteurs, se produisent. Des stages syndicaux de la CGT sont organisés dans les locaux. Ces initiatives sont plus ou moins réussies. Surtout, notre volonté d’associer les locataires de l’hôtel et les résidents du FAR à ces activités ne rencontre pas le succès escompté. Les méfiances de part et d’autre restent nombreuses. Je découvre à cette occasion que ceux qui prétendent se soucier du sort de leurs concitoyens malheureux, n’ont pas pour autant l’ ardent désir de les rencontrer, ne serait-ce que le temps d’une soirée. On veut bien parler des pauvres, mais sans eux.

C’est à dater de 1991 que nous nous sommes mis à écrire. Jusqu’au 15 ans du FAR, les rapports d’activité de l’association sont pauvres et ne contiennent que les éléments indispensables : présentation des services et statistiques réglementaires. Les assemblées générales se passent en dehors du FAR en général de 18h à 20h30. Réunion classique : présentation des comptes, rapport moral du Président et élection du Conseil d’Administration, suivie d’un pot dit de l’amitié et de la première réunion du CA qui désignait le Bureau. Bref, protocolaire et ennuyeux. Par la suite les AG se font dans notre salle de réunion au fond du jardin. Les résidents participent peu. Un représentant est par intermittence élu au CA mais le “turn over” de la population accueillie empêche toute collaboration dans la durée.

L’année 91, qui voit coïncider l’anniversaire des quinze ans et les premières remises en cause de notre budget par la DDASS, est à plus d’un titre une année charnière. Il nous faut sortir du bois, expliquer notre fonctionnement, notre pédagogie. Bref, nous mettre en valeur pour mieux nous défendre.

Le rapport d’activité de cette année expose dans le détail notre activité de tous les jours en même temps qu’il s’efforce de donner une cohérence à notre projet autogestionnaire et notre conception du travail social.

Les résidents sont dorénavant associés à l’assemblée générale qui se déroule le samedi après midi dans le grand réfectoire du bâtiment “réinsertion”. Le “pot “ de fin d’AG se transforme en soirée dansante de “ 19h à l’aube” selon la formule inscrite désormais sur les cartons d’invitations. Le rapport d’activité est diffusé à 150 exemplaires. Il est envoyé aux “officiels”, aux partenaires, mais également à tout ce que la ville compte d’associations, de partis et de syndicats amis. Les invitations sont adressées à tous les anciens résidents du FAR qui au fil des ans se sont installés sur Bourg et sa région.

L’assemblée générale proprement dite réunit peu de monde. Le choix du jour et de l’heure y sont peut-être pour quelque chose. Mais il est plus prosaïque de penser que nombre de partenaires et d’“officiels” rechignent à s’afficher avec une association qui sent le souffre. La fête en revanche est un franc succès dû en particulier au nombre important d’anciens résidents qui y participent. L’AG est désormais suivie d’un débat sur un thème d’actualité en lien avec l’activité et les préoccupations du FAR. Tour à tour, nous invitons Jean Baptiste Eyrault (Porte parole de Droit au logement) Claire Villiers (Co-fondatrice de Agir ensemble contre le chômage (AC !Gérard Filoche, le médiatique inspecteur du travail auteur du “travail jetable“, Jean- Christophe CHAUMZRON, responsable de la CGTet co-fondateur d’ATTAC.

Pour l’inauguration de l’hôtel, Madeleine Reberioux (Présidente de la Ligue des Droits de l’Homme) le regretté Jacques Kergoat (Rédacteur en chef de la revue Politis) Christian Penasa ( Secrétaire général de l’Union départementale CGT), André Duny (représentant du Groupe français pour une éducation nouvelle) prennent la parole.

En 1993, pour la journée nationale de la solidarité, nous organisons, en concurrence avec la DDASS, qui refuse de nous associer à ses initiatives, une soirée sur le thème : ”précarité et santé au travail”. Plus de cent personnes participent au débat animé par des médecins du travail, le docteur Powels de Médecin du monde, des infirmiers, représentante de la toute nouvelle fédération CRC . Le débat est suivi d’un couscous . Nous accueillons par deux fois les marches contre le chômage et celle contre Super phénix. Pour les vingt ans, une parade en ville, conduite par la compagnie “Jolie môme”, est organisée. Trois chameaux et un lama irascible font partie du défilé. J’avais souhaité des éléphants mais c’est assez difficile à trouver...

Souvent, ces débats sont à l’origine de la création d’associations locales : des résidents du temps des cerises nous écrivent et nous proposent de les aider à “monter” le DAL, ATTAC voit le jour dans l’Ain quelques semaines après notre Assemblée générale. Pendant le mouvement des chômeurs de l’hyver 97, les réunions du comité ont lieu au “Temps des cerises.”

Le jugement que les “partenaires” et les institutions portent sur nous commence à changer. On nous disait ringards, fainéants, arqueboutés sur nos avantages, repliés sur notre pré carré”. Grâce à notre responsable éducative, qui représente le FAR dans de multiples réunions, qui défend avec ténacité notre pédagogie et notre savoir faire, on découvre une équipe qui réfléchit, élabore, invente, mène à bien des projets. La DDASS apprend à ses dépends que le responsable administratif du FAR maîtrise mieux la procédure budgétaire que nombre de ses inspecteurs. Notre autogestion, malgré bien des défauts, se révèle être d’une efficacité redoutable quand il s’agit de défendre collectivement l’institution. Les liens très forts d’une partie de l’équipe avec les résidents, cette quasi fraternité cimente l’édifice. Entre salariés et usagers, le respect mutuel est réel. Chez les travailleurs sociaux, chez les officiels, on ne nous aime toujours pas, mais on finit par nous prendre au sérieux.

Et l’équipe ? En 25 ans elle a subi bien des changements. Le “père fondateur”, Dominique CASTAGNET, nous a quitté pour d’autres aventures en 1996 et il ne reste plus aucun des salariés présents à l’ouverture. Je suis désormais le plus ancien, mais pas encore le plus vieux. Bien des conflits internes ont émaillé la vie du FAR. Les salariés se sont déchirés maintes fois au cours d’affrontements épiques :
- en 1983, une fraction de l’équipe s’oppose à l’autre à propos d’une embauche. Il s’ensuit quinze jours de grève des minoritaires, dont je fais partie. Le bâtiment accueil est fermé car les non grèvistes refusent de jouer le rôle de “jaunes” que leur propose le CA de l’époque. Une solution est trouvée à force de discussions et l’éclatement pronostiqué par plus d’un ne se produit pas.

- en 1988, 6 salariés dénoncent l’accord dit de “partage des salaires”. A travers cette remise en cause, c’est le manque de partage des responsabilités au sein de l’équipe qu’ils veulent mettre en évidence. Éternel débat au FAR entre ceux qui ont l’impression de tout faire (et qui souvent, font beaucoup) et ceux qui “ne participent pas, ne s’impliquent pas, ne prennent pas la parole en réunion”.

J’écris plus tard que les “chefs”, entendons par là les “politiques”, les syndicalistes, les responsables, inquiètent, agacent, exaspèrent avec leurs paroles de dévouement, avec leur surmoi vissé comme un couvercle de cocotte-minute, leurs conciliabules et leurs soupirs de qui porte sa croix”. Mais la passivité, ça énerve aussi.

J’écris également : “il ne suffirait donc pas que les droits à un contre pouvoir existent pour qu’ils soient utilisés. Cruelle réalité pour qui avait rêvé de joutes fraternelles et d’auto émulation autour d’un projet commun !” Le conflit ne trouve pas de solution. Nous sommes quelques uns à considérer que les problèmes posés à travers le refus du partage des salaires sont réels et sérieux.

Mais nous pensons également que recréer la hiérarchie salariale rétablira la hiérarchie tout court, sans retour en arrière possible. Et il n’en est pas question.

Finalement, les six salariés nous quittent, non sans avoir, pour trois d’entre eux, déposé une demande devant le conseil des Prud’hommes Celui-ci nous donne raison et l’accord d’entreprise s’en trouve consolidé.

A l’ouverture de l’hôtel, en 1993, un différend nous oppose à Michel GADIOLLET chargé de la responsabilité de la nouvelle structure. S’appuyant sur un compte rendu de CA, il exige un statut de gestionnaire et refuse son contrat de travail sur lequel est porté, comme pour tous les autres salariés, la mention d’animateur. Il remet en cause la référence à la convention collective 51 en vigueur au FAR . Il renvoie sa première fiche de paye et le chèque de son salaire. L’équipe est divisée. Une première assemblée générale des salariés qui se termine à 3h du matin confirme que les salariés de l’hôtel sont embauchés aux mêmes conditions que ceux du FAR. Après d’autres longues heurs de discussions, le Président signifie à l’interessé qu’il prend acte de sa volonté de ne plus travailler avec nous. Mais en droit du travail, une démission ne se présume pas. L’affaire se termine devant la cour d’appel du tribunal des Prud’hommes qui condamne lourdement l’association. Même en période “calme”, la vigueur des propos échangés au cours de la rituelle réunion hebdomadaire surprend toujours les nouveaux venus. Un cahier d’ordre du jour est à la disposition des salariés afin qu’ils notent les questions qu’ils souhaitent voire débattues.. Aucun filtre, aucune censure n’interviennent. Tout est discuté. Faute de temps, certains points sont parfois reportés la semaine suivante, mais jamais éliminés. Je ne sais pas si on se dit tout au FAR, mais beaucoup de questions, même les plus délicates, finissent par arriver au milieu de la table. De l’alcoolisme d’un animateur, aux frasques sexuelles avec une résidente d’un autre, en passant par des soupçons de vol sur un troisième, tout est discuté collectivement. Les sanctions sont rares.

La plus courante est une demande d’explication suivie par une lettre de désaprobation de l’équipe. En 1983, ayant volontairement differé mon retour du Nicaragua d’une semaine pour cause d’enthousiasme révolutionnaire, je reçu un blâme et un salaire amputé. Les mises à pied sont exceptionnelles et en 25 ans, il n’y a eu aucun licenciement pour faute. La sanction est soumise au vote des salariés.

L’équipe n’est pas fusionnelle. Les “pots” sont peu fréquents. Les bringues entre collègues sont encore plus exceptionnelles. Le jour de réunion, certains salariés ont pris l’habitude de déjeuner ensemble. Des groupes se font et se défont au gré des affinités et des alliances. Mais on se cotoie peu en dehors du travail. Certains animateurs ont rencontré leur conjoint(e) ou leur compagnon au FAR.

Des aventures se produisent entre éducateurs et résidents. Jusqu’au milieu des années 80, la plupart des salariés sont des célibataires qui vivent dans le pêché. Avec le vieillissement, l’équipe se “normalise”. Des enfants naissent. De nouveaux problèmes d’horaires aparaissent pour la prise des congés scolaires, les mercredis après-midi. Travailler au FAR est ressenti comme un privilège par certains conjoints d’animateurs et cela génère souvent de la jalousie qui s’exprime par un rejet. Nous avons nos habitudes de groupe, notre langage codé, nos conivences, nos souvenirs, nos mille et une anecdotes. Pour les non initiés, cela s’avère vite insupportable. Il règne une grande liberté de ton, non seulement dans les réunions mais également au quotidien. La bienséance n’est pas de mise, ni entre nous, ni avec les partenaires qui nous rendent visite. L’humour est constamment présent. Un humour cru, corrosif, parfois noir. Les calembours douteux, les blagues “à deux balles” émaillent les réunions. Au fil des ans, un “esprit FAR” s’est développé. Libertaire, gouailleur, rebelle aux contraintes venues de l’extérieur, mais réellement et profondément attaché au respect et au bien être des personnes accueillies.

Ce recul vis à vis de notre travail, cette auto-dérision, l’apparent désordre qui règne dans nos assemblées, nous fit longtemps passer pour une bande de joyeux lurons qui “jouent dans leur cour”, et pas très efficaces comme travailleurs sociaux. Nos partenaires sont déstabilisés par l’absence de “référent”, par le fait de ne jamais tomber sur la même personne lorsqu’ils téléphonent au foyer.

Le sentiment d’appartenir à une communauté, cet “esprit d’entreprise” n’est pas partagé par l’ensemble des salariés. Certains se tiennent volontairement en dehors de la “famille” pour protéger leur indépendance, pour manifester une distance vis à vis d’une idéologie qu’ils ne partagent pas, pour attester la coupure entre vie professionnelle et vie privée. Pour d’autres, dont je fais partie, il s’agit au contraire d’en finir avec cette malédiction séculaire, avec cet dispersion de l’individu en compartiments étanches. De ces deux approches naissent bien des malentendus et des incompréhensions.

25 ans. Un quart de siècle ! L’autogestion, en vogue dans les années 70 est passée de mode depuis longtemps. Pendant deux décennies de marasme économique et idéologique, durant cette “époque à vomir”, il nous fallut bien du talent et aussi une sérieuse boussole politique, pour ne pas succomber aux sirènes du libéralisme, de l’individualisme forcené que les clercs de tous bords nous proposaient comme modèle. La citoyenneté est aujourd’hui remise au goût du jour. La démocratie participative, de proximité, a les faveurs des hommes politiques. Tous les déserts ont une fin.

Notre fonctionnement a sans doute bien des imperfections. Contrairement aux apparences, il est terriblement exigeant. Dans le rapport d’activité 1993 j’écrivais : “ L’autogestion, bien sûr est aussi faite de règles et de contraintes. Mais de nature différente : ces règles là, loin d’être élaborées et dictées dans des instances étrangères aux salariés, sont librement consenties par ceux qui s’y engagent. L’honnêteté et la responsabilité sont les conditions d’une confiance mutuelle sans laquelle il n’y a pas de démocratie viable.” Travailler au FAR assure indéniablement une solide formation dans le domaine du travail social et ouvre, pour qui le veut, la possibilité de mener à bien des projets et de prendre de multiples responsabilités. La preuve, en négatif, de l’efficacité du système, c’est que tous ceux qui nous ont quitté sont devenus directeur de quelque chose...

Un bilan collectif reste à tirer de cette expérience. En ce qui me concerne, il est positif. Sans l’autogestion, sans Alain, moi pour qui 4 + 4 ont longtemps fait 44, je n’aurai jamais pu exercer le poste de responsable administratif. Sans cette confrontation permanente, sans ces centaines d’heures de réunions, sans Mélisande et sans Carole, j’aurais conservé mes à prioris, mes jugements sommaires, ma dureté, ma condescendance, vis à vis des personnes accueillies au FAR. Sans ces centaines de nuits, de petits déjeuners, de soirées passées à écouter les mélodies du malheur, ma conception d’une autre société à vivre serait restée stérile et dogmatique. Pour les 15 ans du FAR,dans un texte consacré à l’autogestion, j’avais écrtit : “Les travailleurs du FAR ont de mauvaises habitudes. Ils refusent de considérer les rapports hiérarchiques comme quelque chose de naturel. Ils ne reçoivent pas d’ordre et n’en donnent pas, mais décident collectivement. Ils viennent sur leur lieu de travail sans l’angoisse du petit chef tâtillon qui va contrôler d’un regard aigre leurs faits et gestes. Ils ne rendent compte à aucune autorité hiérarchique, mais seulement à leurs pairs. Ils prennent le temps de discuter les directives de l’État à la lumière de leur expérience au lieu de les appliquer mécaniquement. Ils sont majeurs et vaccinés à jamais contre la délégation de pouvoir, le carriérisme sur le dos des copains.

On nous reproche de faire une part trop belle à l’idéologie, mais c’est parce que nos réferences sont aujourd’hui à contre courant. On nous reproche également de ne pas évoluer, c’est à dire pour nous de n’avoir pas capitulé et dérivé au gré des modes et du reflux des mouvements sociaux. L’autogestion, n’en déplaise à certain est une idée de gauche. Les “ex” de tout poil (ex militants, ex “soixante huitards”, ex CFDT autogestionnaire) jugent indécent qu’on puisse encore combattre leurs reniements successifs... Pour quelles raisons devrions nous les suivre sur cette voie ? Les valeurs de solidarité, d’égalité, de démocratie que nous nous efforçons de mettre en oeuvre ne sont-elle pas préférables à l’individualisme exacerbé, à la lutte de chacun contre tous, à la course effrenée au pouvoir qu’on nous propose comme modèle ? Le FAR vit maintenant depuis 15 ans une expérience d’une indéniable richesse. Nous apportons quotidiennement la preuve que le travail peut être autre chose qu’une simple aliénation pour peu que l’on en maîtrise les buts et l’organisation. En ces temps où des milliers de salariés n’ont aucune prise sur un tiers de leur vie, nous pensons que cela vaut la peine d’être défendu.”

Dix ans plus tard, je persiste et signe.

J.F. JUIN 2001


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