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Actualité

Réponse au "concombre masqué"
Publié le mercredi 23 janvier 2008

Ex-salariée d’OSER, j’aimerai répondre au « concombre masqué ». Qu’est-ce-que cela veut dire de déclarer que le FAR servait de base arrière à la LCR qui se servait de l’argent de l’Etat ? Jamais aucun salarié n’a été embauché en fonction de son appartenance politique, religieuse ou autre. Nous étions une équipe de vingt salariés, et je pense que mes anciens collègues seront du même avis que moi, pour dire que nous n’étions pas endoctrinés au point d’être complices d’une LCR si puissante au sein d’un si petit établissement. Jamais aucun salarié n’a été contraint de se rallier à ce parti sous contraintes ou conditions. Et s’il avait fallu dénoncer les agissements irréguliers de collègues, certains autres l’auraient fait sans scrupules. Et oui, il y avait des militants de la LCR au sein de l’équipe du FAR, mais qu’ont-ils donc fait ? Ils se sont servis de l’argent de l’Etat ? Et oui, tout comme moi puisqu’ils étaient salariés et que le financeur du FAR était l’Etat ! Les comptes du FAR étaient contrôlés par un cabinet d’experts comptables, un commissaire aux comptes, la DDASS, et un audit a même été effectué il n’y a pas si longtemps. Rien d’irrégulier n’a été trouvé, mais tout comme nous autres salariés n’adhérents pas à la LCR, ils se sont trompés ou ont été achetés... Et que dire du salarié ayant en charge la comptabilité des établissements de l’association ? J’ai occupé ce poste pendant de longues années et tu peux m’accuser de complicité, mais mon successeur a du également être trompé à son insu.

Ah, si tu savais... mais tu ne sembles pas savoir grand-chose ou tu le sais trop bien peut-être...

Connais-tu le fonctionnement qui existait au sein d’OSER ?

Il y a plus de trente ans, lors de la création de l’établissement, l’équipe, sous l’impulsion de son responsable, a choisi l’autogestion comme principe de fonctionnement : absence de hiérarchie, partage des salaires et responsabilité collective.

A travail égal, salaire égal, voilà ce que défendaient les militants de la LCR.

Sur le partage des salaires, les primes nombreuses et conséquentes étaient redistribuées de façon inversement proportionnelles à l’importance de l’indice de base. Ce qui atténuait, mais sans la supprimer la hiérarchie salariale. Une personne non diplômée au FAR percevait environ 450 euros de plus que dans un autre établissement régi par la même convention collective. Ceux que tu accuses ont reversé pendant toutes les années où ils ont été salariés, une partie sinon toutes leurs primes à d’autres salariés ne bénéficiant pas de leur qualification ou ancienneté. J’ai moi-même bénéficié de ce partage comme d’autres. Depuis la rénovation de la Convention Collective qui s’appliquait, une partie des primes s’est trouvée supprimée ou intégrée au salaire de base, diminuant les possibilités de redistribution. Les indices attribués en début de carrière ont également été revalorisés, mais pas pour tous les emplois, et des bonis importants ont été octroyés à l’encadrement. C’est pourquoi, ceux que tu accuses ont réfléchi au moyen de ne pas trop déséquilibrer ce qui se faisait avant cette rénovation, même s’ils étaient les principaux bénéficiaires de cette rénovation. Le responsable associatif, ayant l’indice de directeur, a reversé une grosse partie de ses primes pour avoir un salaire tout juste plus élevé qu’un éducateur spécialisé ayant le plus d’ancienneté dans l’établissement. Ayant l’indice de monitrice éducatrice, peu revalorisé par la nouvelle Convention Collective, même après 17 ans d’ancienneté, la responsable éducative m’a reversée une partie d’une de ses primes pour que mon salaire soit juste au dessus de personnes non diplômées ayant moins d’ancienneté que moi.

Durant la procédure de redressement judiciaire, sans les réflexions de ces militants, OSER aurait été liquidé en mars 2007. Salariés, sympathisants et adhérents ont réuni 30 000 euros permettant la continuation de la période d’observation. Qui a donné le plus ? Et bien ces militants que tu accuses. Grâce à cette poursuite d’activité, les salariés ont pu garder leur emploi 6 mois de plus et les hébergés, un toit et un couvert encore quelque temps.

Sur la responsabilité collective et l’absence de hiérarchie : une charte de fonctionnement, votée dans les années 1980, donnait les axes à suivre. Elle prévoyait l’élection et la rotation des responsables (pédagogique, éducatif), ainsi que du comptable et de la personne chargée de la gestion du personnel. Le fait d’être responsable ne procurait aucun avantage matériel particulier et ne donnait aucun droit de véto sur les décisions. Ces dernières étaient toujours prises lors de la réunion d’équipe hebdomadaire au consensus, ou par le vote, selon des règles établies. Les mandats en principe, étaient limités à deux ans, renouvelables une fois. Il n’y avait aucune division du travail, tous les animateurs en poste étaient responsables et investis dans l’entièreté de la prise en charge des différentes situations. Cette organisation était la base de la posture de l’équipe, organisée autour du principe de la pluridisciplinarité. L’ensemble du travail nécessaire au fonctionnement de la structure était partagé et distribué en fonction de délégations particulières. C’est donc l’équipe qui a élu ses responsables, et les militants de la LCR se sont donc trouvés à ces postes. Leurs mandats ont été prolongés au-delà des délais fixés par la charte, pourquoi ? Et bien, parce qu’il n’y a pas eu de candidats pour les remplacer. Qu’auraient-ils du faire ? Démissionner ? En pleine crise avec les organismes de tutelle depuis quelques années pour obtenir des budgets permettant au FAR de subsister ? Non, ils ont assumé leurs responsabilités jusqu’au bout. Ce ne sont pas eux les fautifs. Ce sont nous autres salariés qui ont fui devant ces responsabilités. Il est parfois plus simple de n’être que salarié alors que nous étions aussi « patrons ». Nous étions tous dans le même bateau, tous responsables des divers services de l’association. Ils auraient pu aussi prendre le pouvoir et se proclamer : directeur, chef de service, et de ce fait dénoncer le partage des salaires. Mais non, ils ont continué à faire vivre un système auquel ils croyaient, sans compter leurs heures à « monter » des dossiers, à négocier avec la tutelle, à interpeller les pouvoirs publics et autres, à réfléchir, à nous informer de tout changement de situation et alimenter les débats, et tout cela en annulant bien souvent leurs congés. Même si le fonctionnement n’était pas parfait, leurs convictions étaient si fortes qu’ils ont toujours voulu y croire, et jamais ils n’auraient accepté qu’une hiérarchie prenne le dessus, et encore moins de l’installer. Nous n’étions pourtant pas des moutons. Nous aurions pu dénoncer leurs mandats, pour prendre leur place si nous n’étions plus en accord avec leurs idées ou leurs propositions. Ils ont toujours représenté l’équipe à l’extérieur, jamais leurs intérêts propres. Ils ont toujours fait passer le collectif plutôt que l’individu. Ce qu’ils faisaient nous arrangeait tous. Tous ceux, qui, à un moment donné, ne trouvaient plus leur place au sein de cette équipe sont partis de leur plein gré. Et parfois, quand l’équipe a fui devant ses responsabilités, et oui... des décisions ont du être prises par les responsables en titre, au détriment de leurs plus profondes convictions.

Je sais que nous étions une partie de l’équipe à leur faire confiance et à partager leurs idées du travail social, même si nous n’étions pas militants d’un parti politique. Mais faut-il adhérer à un parti politique pour avoir une certaine idée du travail social ?

Le Conseil d’Administration avait délégué ses pouvoirs à l’équipe. De nombreuses assemblées avaient lieu pour tenir informés adhérents, sympathisants, hébergés et salariés. De nombreuses discussions permettaient de définir les orientations. En 2007, l’association comptait plus de 130 adhérents. Ce soutien et cet engagement a valorisé le travail fait par OSER. C’est porter outrage à toutes ces personnes de dire qu’elles ont aussi été complices de la LCR.

Les valeurs et la philosophie de l’association ou son objectif fondamental se définissaient par toutes les activités sociales contribuant à lutter contre l’exclusion, favoriser l’intégration, renforcer la solidarité à tous niveaux. L’accueil des personnes, hébergées par l’association ou non, avait pour objectif fondamental l’autonomie et la sortie de l’exclusion de ces personnes, et l’équipe de professionnels rechercherait à éviter toutes solutions de nature « assistancielle ». La philosophie, le sens du travail d’accompagnement sont les suivants : « le travail social ne se résume pas au contrôle social, il est une réponse aux demandes, toujours liées à une réflexion permanente sur les phénomènes d’exclusion engendrés par une société donnée ». L’objectif d’OSER était de mettre son fonctionnement au service des usagers pour les soutenir dans une lutte contre les exclusions.

Ces militants n’ont jamais perdu l’objectif de ce projet associatif.

Travailleurs sociaux, nous vivions 24h/24 avec les hébergés au sein du FAR. Cela crée une sacrée solidarité entre tous. Nous étions les mieux placés pour faire certains constats des politiques sociales engagées, prendre position et parfois pousser les pouvoirs publics à assumer les responsabilités qui auraient du être les leurs face aux plus démunis. Et là encore, les militants ont permis à l’équipe de prendre conscience qu’il fallait parfois prendre la parole et agir pour tous ceux qui étaient laissés au bord du chemin. Chaque salarié pouvait affirmer son désaccord face à une action envisagée, mais « qui ne dit rien consent ».. C’est pourquoi OSER a adhéré au DAL lorsqu’il a fallu réquisitionner des logements pour accueillir de nombreuses familles de demandeurs d’asile laissées à la rue. C’est pourquoi nous avons continué à accueillir des familles dans les mobil’ home sur le terrain du FAR, même si l’Etat nous avait retiré la Convention qui nous liait... C’est pourquoi nous avons aussi fait trois mois de grève, sur le square Joubert, devant la préfecture début 2007 (un an bientôt...) pour demander une dotation nous permettant de garantir un meilleur accueil possible aux usagers qui s’adressaient à nous.

Les militants de la LCR n’étaient pas les seuls à vouloir défendre notre outil de travail : un établissement ouvert 24h/24, 365 jours par an, au service des usagers, avec un accueil à la porte, pour une, deux nuits qui pouvaient être prolongées si une place à plus long terme se libérait. Nous voulions continuer à exercer les missions qui étaient celles d’OSER dans les meilleures conditions possibles. Bien sur nous ne voulions pas perdre notre emploi, mais réduire le budget du CHRS n’aurait plus permis d’offrir au plus démunis de notre société un accueil et un suivi de qualité. Nous ne voulions pas être complices d’un travail social au rabais. De nombreux soutiens nous encourageaient, souvent des anonymes. Une partie de l’équipe, des adhérents, sympathisants, anciens hébergés et hébergés sont restés présents jusqu’au bout de la lutte. Ce n’était pas là non plus la LCR qu’ils soutenaient. La LCR a bien sur soutenu ce mouvement, et elle a bien été la seule. Je regrette sincèrement que les politiques et les syndicats locaux n’aient pas plus affirmé leur soutien. Que de paroles pour si peu d’actions...

Ces militants m’ont au fil des années, ouvert les yeux.

Être travailleur social auprès des plus défavorisés nécessite un engagement, une solidarité, qui oblige à dénoncer les injustices, les dérives sociales. Si nous ne le faisons pas, qui s’en chargera ?

Attaquer la LCR qui aurait eu comme base arrière le FAR n’est qu’un faux prétexte. Ce sont ses militants que tu attaques, et à travers eux une association, son Conseil d’Administration, ses adhérents, sympathisants, salariés et même usagers. Je trouve ça « dégueulasse ».

Moi, je leur dis merci. Merci de m’avoir permis de progresser dans ma qualification, merci de m’avoir permis d’évoluer dans la construction de mes opinions, de m’avoir fait participer à cette aventure, d’être devenus plus que des collègues... « Liberté, égalité, fraternité », ces trois petits mots étaient réalité...

Et tenir tes propos maintenant qu’OSER n’existe plus, que le FAR n’est plus que cendres, sous couvert d’un pseudo, c’est faire preuve de beaucoup de courage ! Pourquoi n’avoir rien dénoncé avant ? Il est plus facile de voir la paille dans l’œil de son voisin, que de voir la poutre qui est dans le sien.

Mais je te remercie quand même. J’ai pu donner vie à cet écrit.

Je sais aujourd’hui que je continuerai à défendre ces militants, collègues de nombreuses galères, mais aussi de moments fabuleux. Et je ne suis pas la seule...

Je ne les ai pas encore quittés, car au-delà du FAR l’aventure continue...


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