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Actualité

Mélancolie...
Publié le mercredi 12 septembre 2007

Au FAR

Septembre n’est pas ton anniversaire. Un printemps bien entamé, d’il y a longtemps, t’a vu pousser entre usine et voie ferrée. Un curé et un militant d’extrême gauche, rien qu’eux, ont ouvert les portes. Tu méditais à propos de la misère ! Alors d’autres sont venus et ont poussé les murs jusqu’à ton dédoublement. « Deux bâtiments » a-t-on dit si souvent. L’un pour le passager, l’autre pour celui qui reste. 31 ans ont passé où les enfants de 68 ont occupé ton espace. Capricieux, tel un enfant unique, tu a souvent crié trop fort ta colère, tes envies, tes idées... Tu t’es toujours servi d’une étonnante malice pour traverser le temps et pour montrer à tous qu’aucune grille n’était nécessaire à ton épanouissement. Alors ton âme s’est grandie, abreuvée par toutes celles et tous ceux qui foulaient ton sol et occupaient tes lits. Ils rencontraient ces énergumènes, qu’on nomme « éducateurs » voulant partager leurs « milous » pour qu’ils ne deviennent jamais une boussole et pour que le travail cesse de flirter avec l’aliénation. Tu as tellement aimé la vie, cette vie que beaucoup d’autres, pris par les protocoles, sottement, n’ont jamais su embrasser. La société bien pensante a toujours imaginé, occupée qu’elle est à faire taire la France d’en bas, que tous ceux qui aiment et savent s’amuser, malgré tout, qui ignorent l’hypocrisie distillée partout, seraient frappés de perdition. C’était peut-être sans compter sur les montagnes que déplace l’idée de vivre ensemble, chez toi, pourtant bien avare de confort. Tes serviteurs n’ont pas eu d’attirance pour une réussite professionnelle labellisée. Tes habitants, eux, en ont toujours été privés. Faits pour s’entendre et apprécier l’auberge espagnole que tu as toujours su être !

Ta tête et tes jambes ont tout partagé : les décisions, les tournants, le travail, la fête...celle où tout le monde est invité, celle que les « rangés des voitures » évitent, trop occupés à marchandiser le monde. Trop enclins à pleurer alors que ton rire te donnait des ailes : une petite sœur, la mal aimée, proche de la gare, voulant, a peine née, jouer dans la cour des grands. Une nouvelle auberge en somme, deux faces à la même médaille pour agrandir encore un peu le cercle joyeux. La fratrie n’a pas chassé l’espièglerie. Fier d’être fécond tu as pensé qu’on n’y était, tout le monde allait aimer être ensemble, c’est tout.

Tu as pensé ouvrir ta maison à tous ceux que tu connaissais et même à ceux que tu ne connaissais pas, venus parfois de l’Est de L’Europe ou du Nord de l’Afrique.

Les tristes allaient aimer cet alliage bourré de dynamisme.

Puis la bobine du film s’est enrayée. Le bambin toujours prêt à dire ce qu’il pense, à faire ce qu’il dit, est passé devant le conseil de discipline. On entend bien le faire taire, sans rire. Non mais dis donc !

Le temps a vu s’éloigner certains de tes bâtisseurs attirés par d’autres fondations, plus présentables. Ta liberté d’opinion leur a souhaité bonne route, après tout chacun son chemin ! L’amitié s’est dissipée, doucement. Quelqu’un est resté ton ami, toujours là, il avait beaucoup fréquenté l’auberge. Il est malin, il va t’aider à surmonter les sermons et les punitions. Tu en es certain ! Mais il est parti aussi, enfin pas vraiment parti. Simplement il ne rit plus, alors les lumières qui scintillent l’attirent, il se détourne de toi avec sérieux. Si sérieux qu’il en renie la malice qu’il a longtemps partagée avec toi. Il pense maintenant que tes agissements joyeux mènent à la perdition. Mais qui est-il devenu ?

Carole


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