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Actualité

Soutien de Jean-Paul DELPUECH
Publié le mercredi 24 janvier 2007

Une lettre de Jean-paul DELPUECH (militant entre autre à ATTAC) adressée à Monseigneur BAGNARD (évèque) et au Préfet

A Monsieur le Préfet et à Monseigneur Bagnard

Devant la situation alarmante et bloquée par l’inexcusable et seule volonté des pouvoirs publics subie par les salariés, les adhérents et les résidents de l’association OSER qui battent la semelle et campent dans la boue glaciale du centre de notre bonne cité depuis 11 jours et 12 nuits j’appelle à la mobilisation de la population de la cité Burgienne, au nom tout simplement de l’exigence élémentaire du respect des Droits de l’Homme.

J’ai passé cette nuit du 22 au 23 janvier de l’an de grâce 2007, que nous ne devons à la grâce d’aucun seigneur sur le square Joubert, dehors, face à la préfecture de Bourg en Bresse, en compagnie de braves gens surveillés par des gendarmes car coupables de très grande pauvreté. Ces quelques dizaines de « sans » bravent les rigueurs retrouvées d’un hiver oublié car ils entendent ainsi, par leur courageuse monstration, soutenir et faire enfin aboutir les légitimes revendications de leurs éducateurs.

J’ai eu froid, terriblement. Imaginez ! Toutes ces heures rythmées par la cadence polaire de cette première véritable nuit d’hiver tombant sur nos échines en myriades de larmes gelées. Le froid s’immisce d’abord par les semelles de vieux souliers détrempés, puis il remonte et gagne et prend ses aises dans tout le corps qui tremble jusqu’au bout de doigts que l’humble brasero ne parvient plus à réchauffer. Les couches additionnées de hardes détrempées ne parviennent plus à réchauffer les corps qui grelottent...et qui fument.

J’ai eu chaud, divinement. Cette formidable et inexplicable chaleur animale qui vient de l’âme quand elle se frotte à l’humain. Dans ce square des miracles, tous ces « sans » s’épanchaient en d’étonnantes tranches de vies, snobant avec superbe la pluie, la tristesse et la misère.

Burgiens, allez les voir, entendez-les, apprenez-les, découvrez leurs cœurs, qui sont intacts et magnifiques, et posez-vous la question ; « Et si, demain, mon entreprise délocalise, mon épouse m’abandonne, mon.... ? Et si, demain, tout mon univers basculait en cette terre inconnue nécro libérale ? »

Préfet, comment vous, notre représentant, pouvez-vous encore fouler aux pieds la Convention Européenne des Droits de l’Homme ? Ne serait-ce que par souci d’une simple sécurité pour le bon déroulement de votre carrière, entendez l’ire de la rue sous vos fenêtres closes et craignez, par delà les clivages simplistes qui semblent délimiter vos frontières partisanes qu’éclose chez nous, en ce prochain printemps, un nouvel état, celui d’urgence ! Considérez enfin le bien fondé reconnu par tous, et notamment par l’abbé Pierre, des légitimes revendications de cette poignée de travailleurs sociaux qui, depuis 30 ans, gèrent l’ingérable misère en éteignant à la source les consécutifs embrasements contagieux. Votre prédécesseur, puis vous-même, baladez l’association OSER de procès superfétatoires en promesses jamais suivies d’effets, empruntant les venelles misérables et cahoteuses de lamentables arguties délétères. La Justice finira bien par passer, elle finira bien par triompher, ne fut-ce que pour l’honneur de la magistrature non encore couchée. Réappropriez-vous, dans le confort de votre cabinet, le temps nécessaire à la relecture de la totalité de ce qui pour vous n’est qu’un dossier. Tout y est dûment consigné, vérifié, entériné par moult témoignages. Les minutes, en Droit, ne s’écoulent pas irrémédiablement, que diable ! Elles n’existent que pour être à nouveau consultées, afin que vous diligentiez promptement les réponses qu’elles exigent ! La loi ne s’enterre pas, Monsieur le Préfet, avec la mise sous boisseau d’une association dont les salariés ont su faire montre durant des décennies d’une efficacité et d’une abnégation professionnelle reconnue par tous. La loi, toujours, entérine la justice. La barre est à ce jour toujours libre et il ne suffit pas d’ester par procureur acquis pour se targuer d’avoir raison et gain de cause. Par delà ces quelques salariés poursuivis d’une vindicte idéologique qui n’a pas sa place, il y a toute la puissance que vous confère votre fonction, il y a l’urgence absolue et la précarité, le dénuement de tous ces adolescents, de tous ces hommes et de ces femmes qui se sont rangés en ordre de bataille derrière leurs éducateurs, pour les soutenir quoiqu’il leur en coûte, tant ils savent bien, pour les côtoyer au quotidien, combien leur travail est nécessaire et indispensable et admirable. Votre fonction, Monsieur le Préfet, devrait pourtant avoir en vous sa représentation totale. C’est la loi du petit et c’est la loi du grand, celle que chacun reconnaît comme sienne, la seule capable de s’opposer victorieusement aux pesantes, lourdes et scélérates procédures d’intérêts particuliers et oh combien singuliers !

Au secours, Monseigneur Bagnard, les enfants de Jésus Christ campent dans des conditions innommables à votre porte, dans votre fief, et vous n’intervenez pas ! « Ce que vous faites à l’Autre vous le faites à moi-même. » Par delà l’au-delà, au secours Pierre l’abbé, ils veulent tuer l’Amour, le jour même de votre mort !

Ma colère est immense au sortir de cette longue nuit glaciale passée au sein de mes ressemblants, tous ces gueux de SDF blancs, noirs ou bronzés qui poussent à la jointure de chaque pavé et qui savent bien ce matin, sur ce square Joubert battu par tous les vents mauvais, qu’ils n’auront jamais que ce qu’ils prendront !

Préfet, et vous, votre éminence, dignitaire père évêque, Sous les flocons et par rafales je crie mon indignation, je tapage sous vos fenêtres frileusement condamnées, je tempête sous tout ce blanc qui s’abat sur mes amis d’heures inouïes et frappe l’acier des barreaux de votre porte, dans la boue du ruisseau, avec la plèbe de mes frères humains, au juste milieu de leurs nuits de peurs de leurs nuits de pleurs, in solidum........

Il neige, qu’attendez-vous ? Entendez-moi, j’ose encore croire en vous, Et vous, Burgiens, faites que cela cesse, que justice soit rendue !

Jean-Paul Delpuech, citoyen métaphraste du Val de Saône, désagrégé de l’être moderne


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